Des maux en mots
Des choses à dire, à écrire, qui viennent ainsi pour me libérer. Une façon comme une autre de se guérir... 

Blessure

J’ai la dans le cœur comme une blessure
Qui veut pas foutre le camp
Qui veut pas foutre le camp
J’ai la dans le cœur comme une blessure qui pisse le sang

 
une plaie qui suinte depuis tant d’hiver
à l ‘heure où le monde se couvre de prières
écrasée de douleurs, c’est mon corps qui pleure
et se plie sous ce poids sans vie sans chaleur
il n’y a rien à dire, il n’y a rien à faire
se laisser glisser dans ses profondeurs
et se délecter de cette agonie
comme une ouverture, une porte de sortie
Les causes me bousculent elles sont infinies
me prennent à chaque pas, n’apportent pas de répit
Le masque s’arrache encore sans résistance
Laissant paraître le vrai visage de la souffrance
Il n’y a plus de sourire, il n’y a plus d’envie
Les larmes vident un peu ce lac trop rempli
Le corps se replie en position fœtale
S’imaginant ainsi avoir un peu moins mal
 
J’ai la dans le cœur comme une blessure
Qui veut pas foutre le camp
Qui veut pas foutre le camp
J’ai la dans le cœur comme une blessure
 qui pisse le sang
 
Vegvizir
Avril 2018

(1er §  paroles de Francis Lalanne)

Mère

Elle est en moi cette mère
Abandonnée elle ère
D’années en générations
Elle attend le pardon
 
Pour ce qu’elle a subit de lui
Encore Etouffé dans ce cri
De son corps jamais franchi  
Hurlant de douleur, anéantie
 
La honte qui l’envahit ensuite
Les insultes puisqu’elle le mérite
Cette autre vie qui apparaît
Dans ce jeune corps déchiré
 
Elle ne peut que le rejeter
Le détester, lui faire payer
A chaque regard posé sur lui
Elle se revoit à nouveau dans ce lit
 
Ce sont quelques minutes d’une vie
De douleurs, horreurs et de cris
Marquées dans le corps, l’âme et l‘esprit
D’une jeune fille pleine de rêves et d’envies
 
Elle ère toujours en moi
Cette mère que je ne connais pas
Elle domine dans cet arbre la lignée
Sur les femmes pour ne pas l’oublier
 
Le pardon s’impose mais semble si dérisoire
Face à ta souffrance, face à ta mémoire
La tâche semble impossible, la volonté est là
Te libérer de nous, me libérer de toi
 
Vegvizir Mars 2018

Sac à dos

Cette charge, cette rage qui m’engage dans cette voie de garage
Devoir la poser, la jeter, expulser ce trop lourd bagage
Pas facile de savoir qui s’accroche ainsi à mon dos
Pas simple d’accepter que j’alimente ce fardeau
 
ça se glisse doucement dans ce corps qui fait front  
Ça s’insinue, s’infiltre, enflamme muscles et tendons
Et comme un venin sans saveur il envahit mon être
Installe son camp, son nid, les douleurs vont paraître
 
Et c’est une vraie bataille qui s’engage en profondeur,
Des attaques incessantes, sans repos, à toute heure
Pour me faire plier, tomber et supplier
Sans une trêve, même cette fois, impossible d’échapper
 
Je tente sans succès de masser, de calmer
D’éteindre avec de l’eau ce feu trop enflammé
Rien n’y fait, la douleur continue son boulot
Des épaules jusqu’aux pieds en me bloquant le dos
 
Tout mon corps est complice, il se joue de mon être
Il m’allume, me pousse jusqu’à me jeter à terre
Et c’est en rampant, en pleurant, qu’enfin tu lâcheras
cette charge que t’avais toi-même décidé de prendre à bras
 
La souffrance de l’autre ne doit pas devenir mienne
Occupe toi de toi, laisse couler dans tes veines
Ce fluide de vie qui alimente ton cœur
Et laisse à la consigne les bagages des âmes sœurs.
 
Vegvizir  Mars 2018

Sacré

Féminin, un mot si simple pourtant
Qui m’effraie de son ombre dans tous les instants
Un mot parmi les autres, facile à prononcer
Mais pourquoi alors, cette gorge si serrée
 
Masculin est un autre qui me pose problème
Pas facile de se dire face au miroir, je t’aime
Une colère, une gêne, des souvenirs qui remontent
De n’être pas comme elles et d’en avoir même honte
 
Les excès de l’un entraînent déséquilibre
La femme en moi se cache ou se montre agressive
L’homme a peu de choix pour imposer sa place
Juste tenter de calmer la fureur qui est en face
 
L’harmonie est le but avoué à chacun
C’est un bien joli mot mais un sacré chemin
Long de toute une vie avec ses chutes pénibles
Ses obstacles, ses défis, scénarios invisibles
 
Mis en scène par celui qui connait tout de nous
Arrive régulièrement à nous mettre à genou
Pour espérer un jour arriver à trouver
Le féminin masculin enfin équilibré

Vegvizir  Mars 2017

Sagesse sans sagesse

Consciente de mes erreurs  de mes ombres si habiles
Je manipule sans cesse  l’autre, de cet ego subtil
 même si l’âme est humble  et la volonté véritable
le scénario terrible  détruit tout sur la table
Je fuis, me réfugie  dans cette ombre délicate
Que j’honore, qui m’anime  par ses gestes d’acrobate
La sagesse est belle  Quand elle est transparente
Mais quelle est cette noirceur ? Cette tâche si persistante ?
Devoir mettre en lumière ces mémoires trop puantes
C’est partir à la guerre sans pouvoir être gagnante
Ces deux facettes sont miennes, je les accepte ainsi
Je sais qu’elles m’appartiennent et me possèdent à vie
J’aime cette ombre en moi qui couve et qui détruit
elle m’autorise ainsi à être ce que je suis
Quand à cette lumière qui semble inaccessible
Elle demande tant d’efforts que cela semble impossible
 
De quelle sagesse parle-t-on quand un sage se dit sage ?
D’où vient cette folie, serait-elle qu’un pas-sage ?
 
Vegvizir   Février 2017

Comme un arbre

Je suis cette petite graine écrasée au sol
par ce fruit trop mûr resté non cueilli.
Cette graine qui s’enfonce lentement dans la terre
en suivant doucement le ruissellement de la pluie.
C’est là que je repose un temps de gestation
où mon instinct me dicte les ressources à puiser.
C’est de cette terre que je tire toute ma force,
Que je nourris mon feu, mon envie d’exister.
 Quand le temps est venu, je repousse les obstacles,
blocs de terre, cailloux et branches qui s’étalent
Pour laisser poindre enfin un bout de ma tête,
prendre cette inspiration, cette bouffée d’air vital.
Et du fond de mes racines bien ancrées dans la mère
je me donne l’élan nécessaire à l’envol.
Que l’ascension est dure, que de pas qui m’écrasent
mais c’est sans compter sur cette énergie folle.
Je puise et je m’épuise au milieu de vous tous
à grandir et à être pour trouver ma vraie place.
De brindille courageuse, je change et me transforme
Je m’impose une peu plus avec le temps qui passe
 Que cette mise en lumière peut parfois vous déplaire !
Mais j’ai foi en la vie et en ma raison d’être
Et la pluie, le vent, le soleil et la terre
Sont mes alliés fidèles dans cette lutte sur terre
Devenu ce grand arbre, à mon tour de transmettre
Je donne la Vie possible à ces fruits qui sont miens
Et du haut de ma cime, je les suivrai de l’œil
Accompagnant d’amour leur difficile chemin.
 
Vegvizir -  janvier 2017

Colère

Mais quelle est cette colère en moi qui surgit
Qui me dévore le coeur et me brûle les yeux
Je n’ose pas l’approcher, je tente de la fuir
Elle ravage et détruit tel un volcan haineux
 
Les mains blanchies qui tremblent et la mâchoire crispée
Je sens cette vague brûlante surgissant du passé
Je ne peux me contenir, le mal est trop puissant
Je suis prête à détruire, tout sans discernement
 
Et laissant s’expulser cette lave en fusion
Face au regard hagard de l’autre qui est en cause
J’agis d’un seul élan sans me poser de question
Aveuglée par la rage, sans que personne ne s’impose
 
Je ne sais plus qui je suis, je n’ai plus de raison
Attendre que ça se calme est la seule solution
De ce cri terrifiant transformé en murmure
Je suffoque et gémis d’avoir ôté l’armure
 
Des profondeurs, je glisse pour prendre une bouffée d’air
Et remplir ce vide que comblait ma colère   
Mais tel un ouragan, les dégâts sont nombreux
La fondation solide est désormais hors jeu
 
Mes larmes et mes regrets ne peuvent rien rattraper
Le mal a tout détruit, je ne peux l’effacer
De cet échec cuisant nait un ressentiment
Est-ce une autre colère qui s’approche doucement ?

Vegvizir    Février 2017

Laguz

Laguz qui coule sur moi comme un rayon de lune
J’aime sentir la douceur, la fraîcheur de cette rune
Elle m’embarque dans ses rêves avec une telle aisance
La magie de ses voyages me fait frôler la transe
 
Quand je t’imagine, je vois une cascade
Chutant de toute sa force pour effacer les traces
De toutes mes souffrances sur mon corps meurtri
Ou gravées sur ma peau de ces marques rougies.
 
C’est parfois la mer qui surgit de mon âme
Dans laquelle je m’immerge pour retrouver le calme
Et quand j’ouvre les yeux je découvre des couleurs
Qui m’illuminent la vie et me réchauffent le cœur
 
Quand la mer se déchaîne le combat se prépare
Je sais qu’une part de moi chutera tôt ou tard
Que sous ses vagues puissantes, écrasée je m’incline
Et accepte ce maître qui enfin me domine
 
Laguz toi qui m’apaise, me soulage de mes maux
J’aime me rafraichir ou boire de ton eau
ET quand la foi me quitte, que je ne me sens plus capable,
tu me renvoies à tes pieds juste avec quelques vagues
 
Vegvizir   Février 2017

Yin Yang

Face à face ces deux parts qui depuis toujours se défient
Tranchées dans le vif, chacune impose à l’autre ses excès ses folies
Connaissant leurs limites, elles tentent de s’ignorer
mais un simple regard peut tout faire exploser
 
Si leur chemin se croise, le duel s’impose
Aucune chance de pouvoir mettre le temps sur pause
L’un n’avancera pas si l’autre lui barre la route
Les embûches successives mettent mon cœur en déroute
 
Quelle est l’histoire en nous qui fait ce que nous sommes
L’unité à trouver n’est réelle pour personne
Savoir dompter l’autre est devenu un jeu
Auquel j’ai parti pris, mais chacun fait ce qu’il peut
 
La ligne de départ, là où commence ta vie
Avec tes forces, faiblesses et ce sac bien rempli
Dressés l’un contre l’autre, on les a fait ennemis
Alors que c’est l’inverse que nous demande la vie
 
Quelle part en moi agit pour le Yin ou le Yang
Trouver cet équilibre quand c’est le bateau qui tangue
Mission presque impossible où on se casse les dents
Tête baissée, je m’escrime à avancer pourtant.
 
Végvizir  Février 2017

Femmes en vous

A toutes ces Femmes en vous
A vous toutes Femmes debout
Femmes qui rient, Femmes qui pleurent
Femmes qui souffrent, Femmes qui meurent
 
Fortes de leur foi,
ensemble et d’une même voix
elles se redressent, sans plus attendre
elles osent dire et faire entendre
le poids de leur maux en elles bien enfouis
de leur propre histoire, de cette simple vie
 
Ces mêmes mots si longtemps retenus
Ces murmures qui courent dans les rues
Entendez-les ! Ils se relèvent
Du fond des corps, ils se réveillent
Pour franchir non sans mal cette gorge si serrée
Et pour la première fois enfin, oser les prononcer
Ces premiers sons souvent si durs à exprimer
Se libèrent soudain d’une belle et même envolée
 
Ils n’ont pas de haine, ils n’ont plus de colère
Ils sont justes fatigués, épuisés d’exister.
De tous pays, entendez ce simple souhait
D’avoir juste une trêve, une paix retrouvée.
 
A toutes ces Femmes en vous,
A vous toutes Femmes debout
N’ayez plus peur, osez les dire, ces quelques mots pour vous guérir
 
Vegvizir    31 janvier 2017